Vie de couple

Le conjoint non TDAH peut être exacerbé par le désordre dans la maison ou par le manque de présence et d'écoute. Typiquement l'épouse non TDAH se sent souvent ignorée car elle représente la routine qui n'a pas aucun attrait aux yeux de son mari, du moins en apparence. Le conjoint TDAH va souvent se reposer entièrement sur le conjoint ou ses parents pour tous les aspects pratiques et administratifs. Si c'est l'homme, il va souvent déléguer entièrement la gestion de la maison et des enfants à sa femme qui peut même avoir l'impression d'avoir un enfant de plus. Certains couples sont assez heureux avec ce mode de fonctionnement, notamment si le conjoint non TDA/H aime les tâches routinières ou administratives, ou encore s'il aime les personnalités atypiques ou déroutantes.



La passion amoureuse souvent très intense au départ se dilapide plus rapidement chez les TDA/H. Il y a plus de conflits (hypersensibilité, impulsivité, incapacité à organiser la vie familiale) et de divorces (inaptitude à la routine et besoin de repartir sur une nouvelle route), ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de couples heureux avec un conjoint (ou même deux) TDAH. Les solutions dans le domaine du couple sont nombreuses et tournent autour de l'évitement de la routine.

Bien des amours, amitiés, relations familiales ou professionnelles peuvent être détruites par les traits impulsifs du TDA/H. Donc ne pas hésiter à prévenir votre conjoint (ou votre entourage en général) que vos mots ou vos réactions peuvent parfois dépasser votre pensée. Demandez leur d'être aussi indulgent que possible, sans oublier de vous excusez après coup quand vous êtes allé trop loin, puisque sur le moment vous ne vous en rendez même pas compte. mais ne culpabilisez pas pendant plusieurs jour chaque fois que vous "pétez les plombs", cela fait partie de votre syndrome.

Le conjoint TDAH doit respecter son besoin de prendre de la distance par exemple à travers des déplacements professionnels. On peut aussi avoir chacun son appartement (éventuellement sur le même pallier); Même si c'est une solution onéreuse 16% des couples ('TDAH et non TDAH) vivent aujourd'hui sur ce mode d'indépendance dans nos pays riches, y compris avec des enfants.

Pour les TDA/H hypersensibles, impulsifs ou violant (intérieurement ou verbalement), essayer des stages de couple, ou spécifiques comme la communication non violente (CNV). Celle-ci nous append à communiquer à l'autre la situation conflictuelle sans en rajouter, puis exprimer ses sentiments correspondants, puis clarifier ses besoins et enfin lui faire une demande réalisable, concrète et formulée positivement. Cela concerne aussi la violence interne de nos émotions que beaucoup d'adultes TDA/H n'expriment pas mais vivent en permanence.

Le mari zappeur

Commençons avec monsieur Z expliqué à sa compagne.

Vous l’avez aimé pour son caractère original. Il vous a étonnée et séduite par sa façon d’être et de penser qui sortait des sentiers battus !

Sa sensibilité est parfois touchante. Il pleure au cinéma devant les dessins animés. C’est un homme attachant et atypique. Il est inventif et créatif. Bref, votre mari ou compagnon n’est pas un homme banal. Avec lui, au moins, on ne s’ennuie pas.

Malheureusement, vous avez vite déchanté.

Votre zappeur s’est révélé instable professionnellement et il met en péril les projets familiaux à long terme.

À la maison, il est souvent “ailleurs” ; vous avez l’impression qu’il ne s’intéresse ni à vous ni à ses enfants. Soit son travail l’obsède totalement, soit il est absorbé par une de ces fichues idées géniales qui n’aboutissent jamais.

Au début, vous avez voulu croire que ses promesses de succès allaient se concrétiser. Mais tout le monde n’est pas Steve Jobs… D’ailleurs, il travaille seul désormais car, de toutes façons, il ne supporte ni les hiérarchies ni les contraintes. Le pire est qu’il a de bonnes idées, mais soit il est incapable de les valoriser financièrement, soit il se lasse avant d’en avoir exploité le potentiel et passe à autre chose.

Il est capable d’oublier d’une minute à l’autre une consigne que vous lui avez donnée. Il ne se souvient plus que votre sœur est enceinte ni du prénom du voisin. Perdu dans ses pensées, il est capable d’accompagner les enfants à l’école pendant les vacances scolaires et d’oublier votre anniversaire trois années de suite. Il vous raconte un film alors que vous l’avez vu avec lui quelques jours avant.

Il développe une énergie considérable dans des tâches futiles, mais ne range pas ses affaires, malgré votre insistance. Il remet toujours à plus tard les tâches conjugales pourtant simples et peu nombreuses que vous lui avez confiées.

Avec lui, vous n’êtes jamais au bout de vos surprises, mais vous ne supportez plus son comportement. Vous songez à quitter un homme qui semble se désintéresser de vous, de la vie familiale, de tout ce qui vous paraît important et dont il paraît se soucier comme d’une guigne. D’ailleurs il le sent, et comme sa vie professionnelle se dégrade aussi, il devient dépressif, surtout depuis qu’il a arrêté de fumer. Au moins, il n’a pas sombré dans l’alcool comme sa sœur, qui lui ressemble beaucoup. Votre belle-mère vous a appris que leur père, qui a fini seul et ruiné, était pareil à leur âge.


Je dresse ce tableau déprimant et un peu caricatural pour que vous soyez bien sûre que je parle de votre conjoint. Le but de ce texte est de vous permettre de réagir avant d’arriver à ce stade proche de la rupture.

La première chose à faire est de l’aider à prendre conscience de son mode de fonctionnement mental. Les zappeurs à qui l’on décrit leur caractère pour la première fois ont tous la même réaction :

“Oh mon Dieu, je ne suis donc pas seul à être comme ça ! Mais vous avez scanné mon cerveau ! Comment savez-vous tout cela sur moi ?”.

Comme ce caractère est peu connu, voire nié par certains, il ne fait pas partie de notre culture. Pour le zappeur, comprendre son fonctionnement cérébral et découvrir qu’il ne constitue pas vraiment une anomalie (mais plutôt une source de difficultés sociales assortie de nombreuses qualités) constitue un immense soulagement. Cette compréhension (à laquelle il n’est pas habitué) lui donne les premières clés nécessaires pour aller vers les autres et comprendre leurs réactions face à son comportement. De même, la compagne que vous êtes doit comprendre ce qui sous-tend les comportements étranges et parfois insupportables de votre zappeur.

Non, il n’est pas insensible, bien au contraire. Non, il ne se désintéresse pas de vous et de ses enfants : il s’intéresse à sa famille à sa manière, celle pour laquelle il a été quasiment programmé génétiquement. Il va à l’essentiel, aux fondamentaux : si tout le monde va bien, inutile de se prendre la tête avec des convenances sociales ou des détails sans importance.

Retenez cette image de Thom Hartmann : le zappeur est un chasseur qui vit dans un village de fermiers (source). Le zappeur, comme le chasseur, vit dans l’instant. Le fermier, au contraire, programme l’élevage, les semailles et les récoltes. Le chasseur doit avoir des réflexes et des intuitions. Le fermier doit avoir des projets et de la constance dans l’effort.

Je ne vous suggère pas d’excuser passivement les comportements que vous ne supportez pas chez votre conjoint, mais de lui apporter de l’aide, si vous l’aimez encore… Vous pouvez l’accompagner vers des comportements plus acceptables en lui montrant que vous le comprenez. Ce qu’il craint le plus est le rejet et l’incompréhension qu’il vit depuis son enfance, depuis l’école.

Il a été rejeté car il n’arrivait pas à faire ce qu’on attendait de lui, tandis que ce qu’il créait ou inventait n’intéressait que rarement les autres. Tout le monde le prenait pour un paresseux, pour un Gaston Lagaffe destiné à devenir garçon de courses.

Si vous comprenez ses difficultés, si vous acceptez l’idée qu’il ne s’agit pas d’un comportement volontaire ou d’un manque d’affection de sa part, vous pouvez lui apporter une aide considérable, et vous recevrez beaucoup en retour. Il est aussi absurde d’en vouloir à un zappeur de son inattention que d’en vouloir à un angoissé de ses peurs irrationnelles.

S’il prétend ne pas se souvenir de ce que vous lui avez dit il y a une heure, c’est que vraiment il ne s’en souvient pas, et que, oui, vraiment, il vous a écouté il y a une heure. Plutôt que de lui reprocher cet oubli, incitez-le à trouver des outils pour résoudre les problèmes que ces oublis engendrent. Vous êtes en droit de lui reprocher de ne pas mettre en œuvre des moyens pour mieux se souvenir (notes sur un carnet, alertes sur son smartphone par exemple). Bref, il a le droit d’oublier, mais pas de considérer que ces oublis ou ces manques d’attention sont sans conséquences.

C’est le principal conseil que je vous donne : comprendre les incompétences du zappeur, mais ne pas accepter son indifférence face aux problèmes qu’elles engendrent en perturbant votre vie commune. Empathie et exigence de solutions correctives sont les deux piliers d’une bonne relation avec un zappeur.

Vous devez aussi accepter l’idée que les contraintes le torturent. Il ne supporte pas l’idée être enfermé dans un théâtre, en voiture dans les embouteillages, en week-end chez vos amis qu’il n’aime pas. Ce n’est pas de l’égoïsme : il souffre vraiment de cette aliénation de sa liberté, comme une personne atteinte de vertige souffre physiquement au sommet de la Tour Eiffel.

Il faudra donc trouver et négocier un compromis entre les contraintes qu’il acceptera de façon quasi sacrificielle, et celles que vous pouvez raisonnablement lui éviter.

En pratique, tout va mieux quand on a réussi à décoder le comportement du zappeur, et que lui-même se sent reconnu dans ses difficultés. C’est un des objectifs de ce livre.

Comme un enfant, votre zappeur recherchera et trouvera alors lui-même des solutions pour conserver votre amour et préserver son couple. Il craint autant la solitude affective que la contrainte et vous pourrez compter sur sa motivation. La compréhension et l’empathie sont fondamentales dans cette démarche.

L’épouse zappeuse

Madame Z est encore moins souvent identifiée comme telle que Monsieur Z, mais les zappeuses existent, et leur comportement est souvent tout aussi déroutant ! Ces conseils sont donc destinés au compagnon d’une zappeuse.


Avant la maternité, la zappeuse est plus facilement reconnaissable. Son caractère atypique et son refus des conventions se manifestent souvent dans son apparence physique et ses choix vestimentaires.

Vous l’avez aimée parce qu’elle détonnait au milieu des autres. La zappeuse ne suit pas la mode. Soit elle s’en fiche et s’habille comme un garçon, soit elle “fait” la mode, ou au moins tente de la faire par des choix de vêtements ou d’accessoires très originaux

Plus jeune, elle ne faisait rien comme les autres, et avait d’ailleurs du mal à s’intégrer aux groupes des autres jeunes filles (sauf si elle en était le leader). Elle s’entendait mieux avec les garçons, ou avec une amie intime qui partageait le même caractère. Vous apprendrez peut-être un jour qu’elle a connu une période de dépression à l’adolescence.

Son caractère spontané vous a déconcerté et charmé à la fois. Elle est active, impulsive, mais parfois angoissée par cet état.

Sa recherche d’émotions fortes est permanente et peut prendre différentes formes : sports de l’extrême ou de combat, tabac, alcool, drogues, métiers dangereux, sexualité débridée ou attirance pour le jeu (jeux d’argent ou jeux vidéos de combat plutôt masculins). La zappeuse est une chasseuse dans l’âme.












Professionnellement, elle a du mal à se fixer et a tenté plusieurs formations et métiers. Elle est aussi instable dans sa vie professionnelle que son équivalent masculin, sauf quand elle a la chance d’avoir un talent artistique.

La maternité modifiera l’expression de son caractère. L’instinct maternel va influencer son comportement et en atténuer les manifestations zappeuses.

Par définition, un enfant est un “projet à long terme” : un vecteur de transmission de ses gènes, moteur principal de l’évolution darwinienne (source).

Chez les primates dont nous faisons partie, le père peut se permettre de se désintéresser de sa progéniture car les occasions de transmettre ses gènes sont nombreuses. La mère, en revanche, a lourdement investi dans sa grossesse et son rôle nourricier et protecteur à long terme est donc fondamental.

Ces éléments biologiques expliquent sans doute pourquoi la maternité va généralement prendre le dessus sur le caractère zappeur de la mère (mais sans l’annuler), alors que cette transformation est beaucoup moins nette chez l’homme devenu père. La zappeuse est une mère qui fonctionne à l’instinct.

Elle à l’intuition de ce qu’elle doit faire, le fait vite et souvent bien, mais elle supporte mal la contrainte et la routine. L’adaptation de la zappeuse devenue mère peut suivre des voies différentes :


La délégation de tâches est l’option choisie par la femme zappeuse très entourée ou bénéficiant d’un statut professionnel apportant des revenus élevés. Cette mère zappeuse va déléguer la gestion quotidienne de ses enfants à ses proches ou à une employée de maison de confiance.

Cette situation se présente pour les femmes exerçant une profession libérale, tenant un commerce ou dirigeant une entreprise qu’elles ont créée. Une femme zappeuse a peu de chances d’être un cadre supérieur dans une entreprise, même de taille moyenne, car comme son homologue masculin, elle possède un caractère peu compatible avec les contraintes hiérarchiques.

Cette mère zappeuse investie dans son travail ne sera pas une mauvaise mère, malgré les images négatives et culpabilisantes que lui renverra la société.

Ses relations avec ses enfants seront aussi intenses que brèves, et les enfants s’en contentent très bien, surtout les zappeurs…

L’abandon de l’activité professionnelle, ou le choix d’un emploi peu prenant lui laissant du temps libre est la voie la plus fréquemment choisie par la zappeuse. La fonction de mère au foyer peut lui avoir donné l’impression d’aller vers plus de liberté, mais la réalité est souvent différente… La zappeuse trouvera alors son équilibre dans une activité annexe : artistique, ludique (avec ses enfants), sportive (intensive), ou dans toute autre fonction qui lui apportera une stimulation suffisante. L’ennui reste son ennemi mortel.

La meilleure solution pour l’équilibre de la mère zappeuse est une activité à temps partiel avec une forte composante créatrice. Vous me direz que c’est le rêve de tout le monde, mais pour la zappeuse, c’est un objectif quasiment vital.

Si la mère zappeuse est enfermée chez elle ou si elle est contrainte pour des raisons financières à un travail répétitif, morne et ennuyeux, elle est exposée à deux risques majeurs : la dépression et la consommation de drogues (surtout l’alcool). Beaucoup de femmes alcooliques sont des zappeuses malheureuses, broyées par l’ennui et les contraintes sociales.




Que peut et doit donc faire le compagnon d’une zappeuse ? Les solutions sont très proches de celles proposées à l’épouse d’un zappeur.

Tout d’abord, chacun des membres du couple doit apprendre à connaître et reconnaître le caractère zappeur, ses ressorts intimes et son influence sur le comportement. L’acceptation de la différence de l’autre et l’empathie pour ses incapacités sont fondamentales. Il ne faut pas demander à une zappeuse de faire ce qu’elle ne peut pas faire, de même qu’on ne peut demander à une obsessionnelle de vivre dans le désordre ou la saleté. Le conjoint doit aussi garder en tête que certaines des qualités de la zappeuse sont indissociables de son caractère (créativité, originalité, réactivité notamment).

Une fois cette prise de conscience effectuée, la recherche de solutions est l’étape qui va permettre de consolider le couple et la famille.

Devenu plus compréhensif, vous tenterez d’épargner à votre compagne ce qui la fait souffrir, par exemple la gestion administrative du ménage. Vous la pousserez aussi à accomplir ses envies atypiques ou ses rêves artistiques
(s’ils ne compromettent pas l’équilibre psychologique ou financier de la famille).

Même fatigué et aspirant au calme ou au repos, vous ferez un effort pour participer à des projets de sortie ou d’activités stimulantes.

Celui qui vit avec une zappeuse doit se souvenir qu’il ne l’a pas choisie sans raison. Vous ne pouvez pas lui demander d’étouffer totalement le caractère impulsif, créatif et original qui vous a séduit lorsque vous l’avez choisie.

En revanche, vous êtes en droit de demander à votre zappeuse la mise en œuvre des moyens simples qui permettent d’atténuer l’impact familial délétère de son caractère instable.

L’incompréhension doit céder la place à la gestion. Votre compagne ne changera pas ; l’objectif est qu’elle tente de s’adapter aux besoins de la famille, et que la famille tente de tenir compte de ses craintes, de ses incapacités et de ses besoins d’accomplissement créatifs.

La zappeuse doit être comprise, protégée et aussi reconnue pour ses qualités qui sont réelles. C’est à ce prix que la famille retrouvera un équilibre et qu’elle sera protégée de la dépression ou de la fuite vers les stimulations artificielles. Si vous appliquez ce conseil à la lettre, et si votre zappeuse n’a pas encore été brisée par la vie, vous serez très surpris du résultat.

Et si rien ne marche, chez Mme Z comme chez M. Z, il reste la piste du médicament, qui peut parfois rendre service.

suite


extrait du site : www.leretourdeszappeurs.com
merci à son auteur

Sommaire :

Qu'est-ce que le TDAH ? A quoi le reconnaît-on ?
Quelles sont les répercussions d'un TDAH ? Quelles sont les causes ?
Comment un TDAH peut rester longtemps inaperçu ?
Le TDAH en tant que force Traitement
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La vie de couple Le TDAH et moi
Ce qui nous donne des ailes
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